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Libération des îles

 Le 29 Août 1944, Les US Marines débarquent au Frioul ! Si on pense que les faits d’armes du corps des US Marines se limitent à la guerre du pacifique avec la prise des îles : Iwo Jina, Guadalcanal, Tarawa, Okinawa, c’est qu’on oublie l’unique opération de ce corps d’élite sur le théâtre européen : la libération des îles du Frioul…

   le 29 Août 1944. Cette opération concluait les 8 jours de combats de la libération de Marseille.

   La veille, 28 Août 1944, Le Général de Monsabert, commandant la 3° Division d’infanterie Algérienne, reçoit du Général Schaeffer l’acte de reddition de la garnison allemande de Marseille. Cette libération est l’œuvre conjointe des fantassins de la 3°DIA, des cavaliers Français de la 1°DB et des résistants marseillais qui réussirent à terroriser l’occupant par leurs actions de harcèlement.

   L’acte signé, le Général Allemand signale aux Français qu’il y avait une garnison d’environ un millier d’hommes sur les îles du Frioul dont il est sans nouvelle depuis quelques jours suite aux bombardements vigoureux qu’elle a subits.

Le rôle du  Frioul dans la bataille de la libération de la Provence

    Il faut dire que les îles du Frioul de part leurs positions, occupent depuis des siècles une place stratégique pour la défense de la baie de Marseille. Elles avaient été fortifiées depuis François 1°.

La position était si dissuasive que Marseille n’a quasiment pas été attaquée au cours des siècles. Sous le règne de Napoléon 1°, l’escadre anglaise de blocus fit diverses tentatives de débarquement, qui se terminèrent en mars 1811 avec l’attaque infructueuse de l’île de Pomègue.

Il fallu attendre l’occupation allemande, pour que l’artillerie de ces îles serve et malheureusement ce fut contre les Français.

    A peine arrivé à Marseille, les Allemands, conscients de cet intérêt stratégique de premier plan, renforcèrent l’arment des îles en installant plusieurs dizaines de pièces d’artillerie en tout genre dont le canon de 240mm récupérés sur le Cuirassier français Condorcet.

Voici quelques exemples de l’utilisation que firent les Allemands de cette position :

Tirs sur La Ciotat

 En préalable au débarquement de Provence, des manœuvres de diversions ont lieu dans la nuit du 14 au 15 août 1944 en baie de la Ciotat. Cela se traduit par des lâchers de faux parachutistes, de rubans métalliques et une mini flottille destinée à faire croire à la présence d’une force de débarquement.

Le capitaine Dieckman, commandant de l’artillerie côtière allemande, demande qu’une pièce de 150 placée  l’île de Ratonneau tire des obus éclairants. Une certaine confusion s’installe, car voyant ces obus venir de la mer et ignorant qu’ils proviennent d’une batterie allemande, toutes les batteries côtières allemandes ouvrent alors le feu.

  Le lendemains, les allemands déclareront avoir repoussé un débarquement en baie de la Ciotat.

Prise d’Aubagne

   Le 22/8/44, Aubagne tombe aux mains de la première armée Française, qui ouvre les portes de Marseille. Afin d’empêcher la progression des troupes Françaises, le Général Schaeffer ordonne aux batteries du Frioul de bombarder la vallée de l’Huveaune.

Le bombardement est terrible mais ne gêne pas les Français qui passent par  les crêtes et la petite route des Camoins pour s’infiltrer dans Marseille.

Notre dame de la garde

    Lors de l’assaut de 25/8/44, les troupes d’assaut du 7°RTA sont prises sous le feu tiré depuis le Frioul. La cathédrale sera bombardée durant 3 jours, rendant plus qu’inconfortable l’occupation de cette position.

Les dragueurs de mines dans la baie de Marseille

   Des dragueurs de mines sont en activité dès le 24 août 1944 pour déminer  au plus vite, la baie de Marseille et libérer l’accès aux quais. Ce port était un objectif principal du débarquement de Provence.

   Les batteries du Frioul tirent sur les bateaux pour empêcher le déminage.

 Le château des Tours à Foresta.

    Foresta était une position puissamment fortifiée par les Allemands. Elle était située en lieu et place de la cité du Plan d’Aou.  Dès le 23 août, elle est attaquée par les tirailleurs du 7°RTA et les tabors marocains du Colonel Leblanc.

Devant la violence des réactions allemandes, les troupes françaises trouvent refuge dans le château des Tours ancienne demeure des Marquis de Foresta. Durant trois jours, le château est méthodiquement bombardé par les batteries du Frioul. Le 26, le château n’existe plus.

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Il est vite devenu évident que la prise de Marseille ne pourrait avoir lieu tant que la menace venant du Frioul n’était pas éliminée. La position insulaire compliquait la tâche des assaillants. Un assaut par l’infanterie était impossible, la neutralisation fut donc le résultat d’un intense bombardement aérien et naval où de gros moyens furent mobilisés.

Le 26 août, le général Schaeffer, commandant la place de Marseille, perd le contact avec la garnison du Frioul et les tirs sur la ville s’arrêtent définitivement le 27.

 La reddition de Marseille acquise, il restait donc à prendre les îles du Frioul et faire prisonniers les survivants de la garnison allemande. La baie étant minée, il était fort délicat de venir les récupérer.

La neutralisation du Frioul par les alliés

Une partie de la flotte US est détachée au large de la ville et les bombardiers moyens de la 12e Air Force vont intervenir journellement jusqu’au 27 août.

Les avions de l’aéronavale US ont pour mission de faire de l’observation et de régler les tirs de l’artillerie de marine.

C’est à partir du 25 août 1944 que les Grumman F6F5 (24 appareils) de la VOF 1 (Volplane Observation and Fighting) embarqués sur le porte-avions CVE 72 USS Tulagi, commencèrent leurs missions par formations de 2 Hellcat.

Ces missions de réglages de tir se firent au profit du cuirassé USS Augusta et Nevada et de plusieurs croiseurs dont le USS Quincy et USS Philadelphia qui s’étaient postés au large de Marseille et s’en prirent aux batteries des îles du Frioul et du Cap Croisette. Au large de Marseille, l’AUGUSTA joua à cache-cache avec une batterie de canons de 150mm qui prenait à partie les dragueurs de mines.

A chaque fois que ces canons ouvraient le feu, les tirs de contrebatteries des canons de l’Augusta renvoyaient les allemands dans leurs abris souterrains. Après quelques heures de calme, le jeu recommençait. L’affaire dura trois jours, jusqu’au 28 août où en début d’après-midi, des bâtiments de l’US Navy pénétrèrent dans le port de Marseille.Frioul-008---00Pendant ces trois jours, si plusieurs Hellcat furent touchés par la Flak, un seul du faire un amerrissage forcé(lieu précis inconnu). Il s’agit du Hellcat n° 3, piloté par le Lt. William Floyd BRINGLE.

 Touché, le 25 août vers dix heures du matin par des tirs provenant du Frioul, il parvint à s’éloigner pour se poser sur l’eau à proximité de la flotte US et fut récupéré indemne par un contre-torpilleur l’USS Kendrick au large du cap Sicié. Le Lt. Bringle termina sa carrière avec le grade d’amiral.

En plus de l’artillerie navale, les îles subirent entre les 23 et 27 Août 1944, 11 pilonnages aériens successifs à coup de bombes de 1000 livres, (environ 500 kg).

Ces bombardements étaient menés par des formations de 12 à 76 bombardiers moyens.

Les formations aériennes engagées dans les bombardement se composent des B26 Marauder du 42nd Bomb Wing basés sur des terrains de Sardaigne comprenant entre autres la 31e escadre de bombardement française (GB I/19 Gascogne, GB II/20 Bretagne et II/22 Maroc) et des B25 Mitchell du 57th bomb wing basés sur les terrains de la plaine orientale en Corse.

Les bombardements s’effectuent avec des bombes explosives de 1000 livres(environ500kg)

larguées d’une altitude de 10.000 à 11.000 pieds (environ 3.000 m).
Les heures indiquées ci-après correspondent à l’arrivée des appareils sur l’objectif, c’est à dire les heures de bombardement :

Le 24 août :
à 15h20, 24 B25 du 340th bomb group
à 18h00 12 B26 du 17th BG
à 18h50 13 B26 du 319th BG

Le 25 août :
à 10h30 24 B25 du 310th BG
à 17h00 21 B26 de la 31e escadre française
à 19h00 12 B25 du 321st BG

Le 26 août :
à 10h30 29 B26 du 320th BG
à 11h00 21 B26 de la 31e escadre
à 12h15 26 B26 du 17th BG
à 13h00 19 B26 du 319th BG

Le 27 août :

Entre 13h00 et 14h00 78 B26 des 310th, 320th,321st et 340th BG

Ces groupes de bombardement n’enregistrèrent aucune perte de la part des tirs de la Flak pourtant très intenses.

La seule perte est celle d’un B26 Marauder du 320th BG qui, le 26 août, entra en collision avec un autre appareil de son groupe. Si l’un des deux arriva à rejoindre sa base en Sardaigne, le second s’abîma en mer à une vingtaine de kilomètres au sud du Cap Croisette…

Bombardement du Frioul par des B25

Frioul-010---00Ce B26, serial 42-95904, numéro tactique 87, était piloté par le 1st Lt. Stearns… Tout l’équipage a été porté disparu à l’exception du Sous Lieutenant Libendorfer qui réussi à sauter en parachute et fut récupéré.

Les bombardements furent terribles, onze successifs du 24 au 27 Août, ainsi que l’expliquent les deux témoignages suivants :

« Alors que le Capitaine Ardisson donne l’ordre de faire demi-tour, un groupe de forteresses volantes déverse des tonnes d’explosifs sur les îles de Frioul.
Une effroyable détonation secoue les environs. Des îles pulvérisées, monte un nuage de fumée, de poussière, des trombes d’eau ». (jmo 3°RTA)

 « Le sol de la Corniche était, au dire d’un témoin, secoué comme par un tremblement de terre. On voyait d’énormes quartiers de roc voler et retomber à la mer dans de grands jaillissements d’eau. Et des colonnes de fumée hautes de plus de cinquante mètres, montaient tout droit dans le ciel. » (Marseille une victoire Française, Cpne Crosia)

Dans son débriefing d’après guerre, le Général Schaeffer déclara :  

   « Dans l’après midi du 26 août, les batteries des iles de Ratonneau et Château d’if étaient définitivement hors service à la suite des bombardements aériens.

   Le bombardement aérien sur les batteries insulaires fut une réussite et ce dans un intervalle de temps très bref.

   Je n’ai pu savoir si les abris bétonnés furent transpercés, si les canons furent détruits par les éclats d’obus ou par le souffle des explosions. Il y a pu avoir des pertes sévères parmi les artilleurs qui ont abouti à la mise hors service des batteries. »

 La reddition, les US Marines débarquent au Frioul !

   Le Général Schaeffer signa la reddition de la Garnison allemande de Marseille le 28 août 1944. Au cours des négociations, il posa la question du détachement du Frioul. La baie étant minée, il était délicat de venir la récupérer.

   Le 29 août 1944, Albert Fontana un jeune marseillais partit en canoë de la plage du Prophète dans la brume du petit matin. Il fit le tour de l’île sans remarquer âme qui vive. Ce n’est qu’un peu plus tard que les soldats du Frioul se signalèrent. Ayant tiré abondamment sur la population et craignant des représailles, ils ne voulaient se rendre qu’à des américains, ce qui leurs fut accordé.

   Le contre Amiral Davison, demanda au Capitaine Walter Ansel, pacha de l’USS Philadelphia d’accepter la reddition des îles. Celui-ci constitua un détachement de 90 hommes avec les Marines embarqués à bord du Philadelphia et de l’Augusta.

   C’est ainsi que le 29/8/44, comme ils le firent dans la Pacifique à Iwo Jima, Tarawa et Guadalcanal, des US Marines débarquèrent d’un dragueur de mines au port du Frioul. Ils firent 850 prisonniers allemands qui s’étaient terrés pour survivre aux bombardements. Il ne fallu pas moins de deux jours pour évacuer tous les prisonniers ainsi que malheureusement, quelques collaborateurs Français qui s’étaient fourvoyés là.

   Un marin du Philadelphia nota qu’à leur retour à bord, les Marines avaient les poches pleines d’objets pris aux Allemands.

 Ce fut le dernier épisode de la libération de Marseille…

Frioul-012---00Document Fait par Bernard DESCALES membre de l’association FMBR

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