Préface

Par François-Noël RICHARD

 Afin de mieux comprendre ce blog dédié à l’occupation allemande au Frioul, il est intéressant d’avoir un aperçu sur leur passé militaire.
A leur arrivée sur l’archipel, les troupes allemandes trouvent en effet un bon nombre de fortifications françaises plus ou moins anciennes qu’ils vont souvent modifier et réutiliser en complément de leurs propres aménagements.
 Au centre de la baie, face à l’entrée du vieux port, l’archipel du Frioul domine et contrôle les accès maritimes de Marseille entre la Pointe Rouge et le cap Couronne.
Cette position stratégique explique l’importance de ces îles dans l’histoire de la ville et le nombre considérable de constructions militaires qu’on y observe aujourd’hui.
Si les îles ont servi de bases arrière à l’époque grecque et plus tard à César pour assiéger Marseille, il n’en reste aucune construction visible.
 François 1er , en ordonnant l’édification du château d’If (1521-1528) , est le premier Roi de France à rompre l’isolement dans lequel la crainte des barbaresques a maintenu les îles de la côte française de la Méditerranée durant tout le moyen-âge.
Trois quarts de siècle plus tard, Marseille se révolte contre le Huguenot Henry IV. Casault, nommé consul décide de livrer la ville à Charles Quint.
Le comte de Beausset, Gouverneur du château d’If, resté fidèle au Roi, appelle au secours nos alliés Florentins, les Médicis.
Ces derniers édifient à la hâte des murs de fortification autour de l’île d’If.
Trop à l’étroit sur ce minuscule îlot, ils investissent l’archipel, construisent un fort dénommé San Giovani sur le sommet de Pomegues et en entament un autre dénommé Santa Christiana sur le sommet de Ratonneau.
Casault assassiné par un agent du roi en 1596, la sédition de Marseille prend fin et, après quelques atermoiements, les Florentins acceptent de quitter les lieux.
Ils obtiennent en remerciement soixante mille écus d’or et le mariage de Henry IV avec Marie de Médicis.
Les travaux de fortification entamés par les Florentins sont repris par l’architecte Raymond de Bonnefons sur ordre d’Henry IV.
Sur Pomègues la grosse tour San Giovani et complétée par un fortin à l’autre extrémité de l’arête sommitale relié à la tour par un chemin fortifié.
Sur Ratonneau où le fort Santa Christiana est seulement partiellement construit, C’est un grand fort de 450m de long sur 50m de large qui est terminé en 1610.
Le fort s’étage sur trois niveaux surmontés d’un donjon hexagonal dont un angle sur deux est flanqué d’une tourelle.
 Ces forts visibles de loin sont principalement des édifices de prestige pouvant abriter des garnisons.
En raison de la faible portée des canons de l’époque, leur position élevée les rend en effet peu efficaces contre les navires.
On leur adjoint donc au XVIIème siècle des batteries basses aménagée au ras de l’eau sur la cap d’Ouriou au nord-est de Pomègues et le cap de Croix au nord-est de Ratonneau.
Ces fortifications vont en fait être souvent désarmées jusqu’au milieu du XIXème siècle.
En effet, contrairement à l’île d’If où tout débarquement est impossible sans tomber sous les feux du fort, Pomègues et Ratonneau sont étendues et disposent d’un grand nombre de calanques abritées permettant un débarquement hors de vue et de portée des forts.
Assurer leur sécurité nécessiterait donc d’y maintenir des garnisons disproportionnées en regard de leur importance, et ceci d’autant plus que la mer est dominée par les Espagnols, les Portugais et ensuite les Anglais.
Le château d’If reste donc jusqu’au milieu du XIXème siècle le centre de la défense de la rade d’où sont détachés des équipes réduites pour le gardiennage et l’entretien des fortifications de Pomègues et Ratonneau.
 La situation change au milieu du XIXème siècle avec le réarmement des frontières françaises ruinées par les Anglais après Waterloo.
Marseille, soumise à un développement très rapide avec l’expansion coloniale de la France, doit être mieux protégée.
Toutes les défenses de Marseille et en particulier celles du Frioul sont remodelées entre 1859 et 1862.
L’ancienne batterie de Croix est entièrement refondue, reçoit un corps de garde modèle 1846 pour 90 hommes et deux plates-formes de tir pour dix canons chacune.
Le promontoire de Banc est équipé d’une batterie de dix canons et un corps de garde pour 90 hommes.
Le cap de la presque-île de Mangue reçoit une batterie pour dix canons et un corps de garde pour 90 hommes
De nouveaux casernements sont aménagés dans le fort de Ratonneau et le chemin d’accès est amélioré pour permettre l’accès aux charriots.
Un chemin est aménagé entre le port de Pomègues et le fort du même nom, qui est gardé par une tour modèle 1846 pour 40 hommes.
 Ce programme est brutalement interrompu en 1862 suite à l’expérience de fort Liédot (un fort de l’île d’Aix sur lequel on tire avec un canon rayé).
Le canon rayé, une invention très ancienne mais impossible à réaliser jusqu’alors, révolutionne l’art militaire.
Il marque tout d’abord la fin des châteaux forts.
Désormais le défenses militaires devront s’enterrer et se dissimuler au mieux dans le paysage.
Cela implique entre autre que lorsque le site d’un ancien fort doit être réutilisé, le fort doit être rasé pour ne pas servir de repère à l’ennemi.
Malheureusement pour notre patrimoine, ce sera le cas au Frioul pour les niveaux supérieurs du fort de Ratonneau et pour la tour de Pomègues.
Au mieux, les forts sont enterrés pour être protégés des tirs.
Ce sera le cas pour Mangue et Croix.
L’accroissement de la puissance et de la portée du canon rayé par rapport au canon lisse implique en plus de modifier considérablement la configuration géographique des défenses.
Les sites en hauteur comme les forts de Ratonneau et Pomègues, dont le rôle était jusqu’alors limité au prestige et aux garnisons en raison de la portée limitée des canons lisses deviennent des positions de batteries privilégiées contrôlant une large partie de la baie.
Le site de Caveaux jusqu’alors sans intérêt pour la même raison devient le site stratégique prioritaire contrôlant toute la baie de la pointe rouge au cap couronne.
Les batteries enfermées derrière les îles comme If et Endoume perdent pratiquement tout intérêt.
Enfin, la portée accrue permets d’une part de réduire le nombre de canons pour chaque batterie et d’autre part d’augmenter l’écartement des batteries ce qui vaudra à certaines d’entre elles d’être abandonnées comme celle de Banc.
 Après la guerre de 1870, les fortifications du Frioul sont donc considérablement remodelées.
Sur Ratonneau, les deux niveaux supérieurs du fort sont rasés et quatre batteries de quatre canons chacune construites dans les niveaux inférieurs.
Sur le fort de Pomègues, la grosse tour florentine est rasée et trois batteries de deux canons chacune aménagés sur l’arrête sommitale.
Dans les deux batteries réutilisées de Mangues et de Croix, les corps de garde de 1860 sont enterrés une batterie de quatre canons est aménagée sur chacun des deux sites.
Enfin, trois nouvelles batteries de deux canons chacune sont aménagées sur le plateau de Caveaux autour d’un sémaphore construit par la Marine en 1864.
 Tous les canons installés alors sont des canons de 24cm G modèle 1876 sur grand affut circulaire.
Jusqu’à la première guerre mondiale, les progrès technologiques vont se succéder et entrainer de nouvelles modifications des batteries.
L’apparition des explosifs brisants en 1885 rendent obsolètes les abris soutes enterrés tout juste terminés et des souterrains sous roche sont creusés sous chacune des batteries en 1890.
En 1895 deux batteries de quatre canons à tir rapide Lahitolle 95 modèle 1888 ainsi que leurs casernements sont adjoints en complément des canons de 24cm , l’une derrière la batterie de Mangues et l’autre sur un promontoire au nord-est du plateau de Caveaux.
En 1900, le développement de l’électricité permets de construire quatre stations d’éclairage de nuit sur les caps de Cavaux et de Mangues, sur la pointe Moure de Can (emplanture du môle Condorcet) et sur la côte sud (sous le sémaphore actuel).
Certains de ces abris sont pour la première fois au Frioul réalisés en béton armé.
En 1906 enfin la batterie de Caveaux est entièrement rasée et reconstruite en raison de son emplacement stratégique.
Le sémaphore est rasé et reconstruit sur son site actuel. Les trois batteries rasées sont remplacés par une ligne de tir de quatre canons de 240mm modèle 1903 encadrés par cinq casemates en béton armé et deux postes cuirassés de commande de tir.
Les premiers canons de 75 mm sont installés à Caveaux.
 Les armements du Frioul à l’exception des 95 Lahitolle sont envoyés dans l’Est de la France durant la première guerre mondiale et la responsabilité des îles est transférée du Génie à la Marine après la guerre.
Durant l’entre deux guerres, la Marine portera peu d’intérêt aux fortifications du Frioul.
La batterie de Caveaux est cependant modifiée en 1927 et réarmée avec quatre canons de 138mm. Afin de leur permettre de s’orienter sur tout l’horizon, la Marine n’utilise qu’un encuvement sur deux et en construit deux autres, un à chaque extrémité de la ligne de tir.
Un nouveau poste de commande de tir est construit sur le cap.
Quelques encuvements pour canons de 75mm sont réalisés, deux dans la batterie de Croix, deux dans celle de Mangues, deux sur l’île d’If et deux en arrière de la station d’éclairage du cap Caveaux.
Pour compléter la liste des armements que trouvent les troupes allemandes à leur arrivée au Frioul, il faut ajouter les vieilles batteries de 95 Lahitolle à Mangues et Cavaux Est.

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